Ehwa
HONG

Grand Ensemble
Yeon
concerto pour deux marimba et grand ensemble
Création en 2025
Durée 20 mins
Dédié à Duo Haïkaï
Le marimba est-il un instrument par lui-même ?
Ou est-ce que c’est nous qui l’avons défini comme tel ?
Un marimba qui n’est pas joué est-il toujours un outil pour la musique ?
Si un marimba restait seul dans le monde, pourrait-il encore être un marimba ?
Cette œuvre prend racine dans le concept bouddhiste de « In-Yœn », la loi des causes et des conditions, ou "pratītyasamutpāda". Cette philosophie stipule que toutes choses émergent non pas de manière indépendante, mais en fonction de causes et de conditions interdépendantes. Aucune chose n’existe en soi ; sa signification se révèle uniquement dans le cadre de ses relations avec les autres.
La musique suit le même principe.
La composition n’est que le début ; pour que cela devienne de la musique, une multitude de conditions doivent s’agencer : les musiciens, le public, l’espace, l’instrument, la technique… Dans cette œuvre, le marimba n’est pas une entité solitaire. Il trouve son identité uniquement dans l’interaction avec l’orchestre, les sons électroniques, le chef d’orchestre et l’auditoire.
Le titre de cette œuvre, « Yœn », fait référence aux « conditions » nécessaires à l’émergence d’un résultat dans « In-Yœn ». La musique elle-même émerge de ces conditions, de ces relations entre les sons, qui prennent forme uniquement dans l'instant présent, en fonction des circonstances particulières de chaque rencontre sonore.
Cette philosophie ne se limite pas à la musique ; elle soulève aussi une question ontologique.
Vivons-nous avec un soi fixe et stable, ou sommes-nous des êtres façonnés par nos relations ?
« In-Yœn » nous répond : Tu n’es pas seul. Tu es le résultat de toutes les conditions qui t’entourent et des relations qui t’unissent aux autres.
Cette œuvre est une tentative de traduire cette réflexion en sons. Chaque son est à la fois « moi » et « autre ». Lorsque ces différences se rencontrent et forment une structure commune, c’est là que la musique se révèle.
Plutôt que de maintenir un centre fixe, c’est dans la sensibilité aux relations qu’un véritable sens émerge - « Yœn » propose cette approche à travers la musique, une éthique de vie fondée sur l’écoute des relations et la conscience de l’impermanence.